Le mot jazz aujourd’hui ne veut plus rien dire

(extrait d’article de Patrick Eudeline dans la revue rock et folk d’avril)

[…] Il n’est que de voir la programmation des festivals dits «de jazz» pour s’en convaincre. Du rock boursouflé, du vague funk, du blues bourrin. Voire du rap ! On y trouve de tout. Sauf du jazz, justement. Ibrahim Maalouf ? Pink martini ? C’est ça le jazz ? Sans parler de Sly Johnson, hip hopeur électro squattant bizarrement tous les festivals du genre… Le jazz a une histoire, une légende. Et des morts. Mais certainement pas une actualité. Depuis le free jazz, qui était une évolution logique et le dernier cri, il ne sait où aller. Entre rétro et la pire des tentations fusion, son cœur balance, vacille et tombe. Une bonne nouvelle néanmoins : De tout cela surnagent des chanteuses, et excellentes souvent, il est vrai. Comme Melody Gardot ou Madeleine Peyroux. Depuis Rickie Lee Jones ou Tom Waits, le jazz s’est rapproché de la chanson. De la narration du blues.

Mais de tout cela, le rock s’en fout désormais : il a digéré son jazz depuis longtemps. Pour les meilleurs, celui-ci est une des racines absolues, une de ces «chaises» dont parlait John Lennon. Comme le blues donc. Et le jazz improvisé ou fusion n’est plus qu’un souvenir. Une mode défunte ! D’un point de vue rock, dirais-je, il y a plus de jazz dans n’importe quelle chanson d’Arno, comme hier de Claude Nougaro que dans l’œuvre complète d’Ibrahim Maalouf. Oui, quand le jazz est là, la java ne s’en va plus. À l’opposé de ce qu’on appela un temps le jazz rock. Le jazz nous laisse une histoire, Le blues, ses rythme ternaires… Un style, donc. L’exact contraire de la notion attrape-tout et inélégante de fusion. Drôle de requiem pour Chick Corea, j’en conviens.

Patrick Eudeline

Les albums 2020 (pop rock)

Sammy Brue : Crash test kid
Paul Mac Cartney : Mac Cartney III
The lemon twigs : Songs for the general public
The Jayhawks : Xoxo
Dani (chanson française) : Horizons dorés

-Sammy Brue : «Crash test kid»

Pour moi, Sammy Brue est sûrement la surprise de l’année. De sa voix un peu éraillée mais si émouvante, le jeune chanteur guitariste américain, dix-huit ans, signe un deuxième album allant du pur rock (teenage mayem) , avec influences country (Die before you live, gravity) aux belles ballades (true believer, crash test kid). A écouter d’urgence.

-The Lemon twigs : «Songs for the general public»

Les deux frères D’Addario sont basés à Long Island. Ils ont fait un buzz mérité avec ce 3ème album qui, bien qu’un peu kitch, est plein d’inspiration, d’énergie des sixties et de drôlerie.

-The Jayhawks : «Xoxo»

Toujours des américains (eh oui) les Jayhawks sont d’une autre génération. Actifs depuis les années 80, cette bande de country rockers réussit encore à nous surprendre avec de belles chansons pop (homecoming) ou le plus rock «Doggy days». J’ai passé mon été avec ce disque : une valeur sûre.

-Paul Mac Cartney : «Mac Cartney III»

Sorti le 18 décembre, un peu le cadeau de Noël que les rockers ont pu trouver dans leurs Santiags. Sir Mac Cartney, 78 ans, a du interrompre ses tournées pour se confiner dans sa maison du Sussex. En est ressorti ce bel album. Si tout n’est pas indispensable, on s’attardera volontiers sur de belles ballades (pretty boys, when winter comes) qui font penser à «Yesterday» ou le très rock «Lavatory Lil» Les années passent et l’ex Beatles est toujours l’homme de la belle mélodie parfois poignante (women and wives). Et puis, passer de la guitare au piano, de la basse à la batterie pour faire (presque) tout tout seul, c’est quand même la classe.

-Dani : «Horizons dorés»

Dani chantait «la vie à 25ans» ou «pour que ça dure» dans les années 70… On appelait ça les variétés et mon oreille de collégien n’a jamais vraiment frémi pendant ses apparitions chez Guy Lux… Avec le temps, la voix de Dani devient de plus en plus grave et voici les «horizons dorés». D’abord l’album ne se prend pas au sérieux. Écoutez «je décline l’invitation» ou «les artichauts». L’orchestration est précise, sobre, en général une guitare électrique, une batterie et c’est tout. En bref, une voix rauque et présente, des textes drôles et émouvants et une guitare pour un album rock et rafraîchissant.